[Hydre Noir] – Chapitre Troisième
LA BELLE ET LES BÊTES – Seconde Partie
Il convient d’approfondir certaines choses, et balayer définitivement certains à-priori sur les personnes chargées de la lourde tâche de traduire et dépoussiérer les vieux ouvrages. Notamment lorsque ces derniers sont bien rangés au fin fond d’un grenier où personne n’a foutu les pieds depuis une cinquantaine d’années, car ils servent vraisemblablement de cale à une armoire branlante.
Laquelle s’est effondrée par la suite sur le malheureux, qui est mort étouffé sous une quantité impressionnante de jupons en dentelles.
La traduction de livres, c’est de l’aventure à l’état brut.
Aussi, pour respecter sa mémoire, et celle d’autres courageux hommes qui ont payé de leur vie sur l’autel des Histoires, pour rapporter des œuvres du fond de la Basse-Fosse des Langues Mortes* telles que le Necronomicon illustré en trois volumes, le Malleus Maleficarum du Professeur Apfelglück, ou bien encore La Spéculation dans la Finance Internationale**, nous allons effectuer un petit retour en arrière, et délivrer en intégralité la discussion entre Lionel, ancien agent du Bureau, et Sir Gideon, actuel directeur au moment des faits.
* Il existe un nombre incalculable de dimensions, et de mondes co-existants sur le même multivers. La zone dite de la “Basse-Fosse” est un regroupement de dimensions à tendances démoniaques, telles que la “Basse-Fosse des petits orteils dans le coin des meubles”, celle des “Voisins bruyants à 3H du matin ” ou une des plus puissantes, du “grand Soda tiède”.
** On murmure même que la recette de la panse de brebis farcie aurait été découverte, gravée sur les murs d’un temple ancien consacré à quelque divinité. De celles qui ont plus de tentacules que d’yeux.
***
Grim avait tous les attributs du vautour et, outre un appendice nasal si développé qu’on le confondait avec un bec les nuits de pleine lune (ce qui lui valu de causer quelques frayeurs aux jeunes filles dans les ruelles un peu ombragées), il en avait aussi l’ouïe.
Ainsi il pouvait, depuis son bureau et sans efforts, entendre un puceron se taper une tendinite dans un massif de rosiers, sur le marché aux fleurs de Covent Garden, pourtant à trois blocs du Bureau.
Chose qui n’avait sur le coup que peu d’intérêt par ailleurs.
En revanche, la conversation dont nous faisions état dans le chapitre précédent eu un auditeur des plus attentifs, et, d’après lui “Ca ne s’est pas passé du tout comme ça, vous êtes tarés !”. Aussi entreprit-il de corriger quelques égarements.
Bref.
On frappa à la porte. Ou plutôt la porte se frappa toute seule. Le son qui résonna fut plus un soupir d’un cognement.
Elle s’entrebâilla ensuite sans un bruit, et un vent soudain aspira Lionel à l’intérieur. Il se retrouva face à un large bureau, derrière lequel le fixait un homme d’âge mûr, plutôt bien mis, et présentement occupé à lire un papier par-dessus ses petites lunettes rondes.
- Assieds-toi, dit-il sans relever les yeux.
Sa voix avait quelque chose d’impérieux, d’inéluctable. Certaines voix intimaient l’ordre, où manquaient de crédibilité. Là, Gideon était tout autre. Il disait simplement ce qu’il devait fatalement arriver. Aussi Lionel prit-il le siège devant lui et s’y engouffra.
Il ressassait sans cesse la manière dont il allait aborder le sujet.
“Monsieur, vous vous rappelez, auparavant, j’étais un agent… et puis après je suis parti… et je me demandais si…” Non.
” Monsieur, par la présente, je…” Non…
” Eh, Gideon, vieille branche, tiens, je me demandais si-” NON !
-Tu voulais quelque chose?
Gideon avait finalement quitté son papier et s’était tourné vers lui.
Pris de panique, il déblatéra un flot de paroles inintelligibles, mais qui, en les recoupant soigneusement, pouvait donner à peu près ceci :
- Monsieurjevoudraisreprendleservicactifmonsieur !
Le patron du Bureau prit la peine de soulever un sourcil. Finalement, après une intense réflexion, il dit en se penchant un peu :
- Excuse-moi, tu peux répéter?
Lionel déglutit, relevant sa pomme d’Adam aussi haut qu’il le put, et reprit :
- Euh… le service actif… Monsieur. Enfin, je voudrais bien reprendre ma place, je veux dire. Si ça ne vous dérange pas, Monsieur.
Gideon n’était pas à proprement parler quelqu’un d’imposant physiquement parlant. Il était gagné par un embonpoint assez prononcé, et ressemblait plus à un morse qu’a un couguar. Mais il émanait de lui une aura de puissance presque palpable, et partant de là, assez terrifiante. Il était clair depuis longtemps pour beaucoup d’agents du Bureau for Paranormal Affairs, situé à l’angle d’Arundel Street et Temple Place, que Sir Gideon n’était pas humain. Il était au-dessus de l’Humain.
- Ah, dit-il en se renfonçant dans son fauteuil dans un bruit de cri de vaisselle, tu veux reprendre ton poste? Bien, c’est bien, ça ! Pendant une seconde, je craignais que tu ne me donnes ta démission.
Il arborait un léger sourire, et une de ses canines luit à la commissure des lèvres, étincelante.
Lionel s’enfonça encore plus profondément dans son siège, jusqu’à sentir l’armature sous le cuir lui creuser les reins.
Gideon avança la main jusqu’à une bouteille verte.
- Un verre de Chartreuse, pour fêter ça, mon ami?
- Je ne connais pas. Qu’est-ce que c’est, Monsieur?
- Un alcool français. Distillé par des moines. Cette merveille est tellement bonne qu’elle à donné son nom à une couleur. Les pauvres ont été chassés il y a quelques années de leurs terres. C’est Ezechiel qui m’en ramène quelques bouteilles chaque hiver, quand il part au royaume d’Espagne.
Gideon déboucha la bouteille et en versa une bonne mesure dans deux verres, avec un “gloup” caractéristique, ne laissant aucun doute quant à la teneur du liquide. Epais et vaguement sirupeux. Et certainement assez fort pour décaper des boiseries.
- Ils se sont réfugiés à Tarragone, vois-tu, c’est pour cela.
Il repoussa un des verres jusque devant un Lionel médusé, et porta le sien jusque devant ses yeux.
- Quelle beauté, n’est-ce-pas? Salus !
Et il le vida si vite, que la Chartreuse sembla se transporter du fond du verre à son gosier, sans passer les étapes intermédiaires couramment admises dans les colloques scientifiques, et les bistrots de quartier – bien qu’il arriva parfois que l’on eu l’impression que le même phénomène se produisait aussi dans les petits bars. Il n’en était rien. C’était uniquement du au fait que “Passé deux litres et demi de jaja bon marché, on ne distingue plus grand-chose de toutes manières“*.
* tiré de Théorie des omni-cordes et du voyage dans le temps par l’alcool, par Oliver Degris.
- Bien, dit Gideon en se léchant les lèvres, tu dis vouloir reprendre le service actif. Je ne m’y oppose pas, seulement… Eh bien, tu comprendras que les dossiers que traite le Bureau sont assez, disons, sensibles, et qu’ils requièrent un savoir-faire certain.
- Mais je l’ai ! J’étais un échelon 4 avant de…
Sa voix mourut.
- “Etais”, précisément, objecta Gideon. Tu es parti il y a deux ans, sans laisser d’adresse – je ne te demande pas ce que tu as fais tout ce temps, ça te regarde. Je viens bien reconnaître que tu étais un élément précieux de notre équipe, mais comprends bien que si tu es réintégré dans le service, je ne peux pas te remettre à ton grade.
- Oui, je vois. Mais je ne vous demande pas de me remettre à mon échelon d’avant, je…
- Bien, le coupa Gideon avant de se relever de son siège.
A l’aplomb de sa fenêtre, les mains croisées dans le dos, il détaillait la rue et la Tamise sans vraiment les regarder.
- Alors c’est d’accord, considère toi comme officiellement réadmis en tant qu’agent du Bureau, échelon 2.
Echelon 2. C’était deux grades en-dessous de celui qu’il avait quand il avait quitté le Bureau. Bien sûr, il s’était passé du temps, mais rien qui justifie une telle redescente dans la hiérarchie.
- Merci beaucoup, Monsieur, balbutia-t-il.
- Minute ! Etant à ce grade, tu as besoin d’un superviseur d’échelon supérieur. Tu connais nos règles.
Lionel eu un frisson d’appréhension, mais il ne pu mettre le doigt dessus. Quelque chose dans la conversation prenait une tournure désagréable.
- Euh, oui, Monsieur, avança-t-il prudemment. Eh bien, je vais voir avec Vincent pour faire équipe. Après tout, nous nous étions bien entendus la dernière fois que…
- Non. Pas Vincent.
Il eu un silence.
- On t’a dit pour Lydia?
- Oui, mais je ne vois pas le rapport avec…
- Le rapport, jeune homme, assena Gideon en se retournant, ses yeux ayant viré au noir profond, c’est qu’elle sera ton superviseur désormais.
- Nonmaisnonattendez, s’étrangla Lionel, le débit de sa voix l’étonnant lui-même. Vous savez bien que Lydia est inapte à se voir même confier seule des missions ! Alors superviser -
- J’ai parlé.
Encore une fois, la voix de Gideon ne trahissait aucun ordre. C’était une vérité. C’était ce qu’il allait être de toutes manières.
- Ce sera Lydia. Et pour commencer sur de bonnes bases, c’est toi qui va lui annoncer qu’elle reprend le service actif.
***
En sortant du bureau de Sir Gideon, Lionel avait du lâcher un “Quitte à choisir, vous ne pourriez pas m’envoyer dans la Basse-Fosse? Je préfèrerais.”
Ce à quoi il lui fut répondu un “C’est un ordre !”, auquel il valait mieux ne pas donner suite.
Ah, la Basse-Fosse ! Au moins, rien d’inattendu ne risquait d’arriver. On savait où on mettait les pieds, quand on commençait à s’essuyer sur le paillasson de ces mille dimensions du chaos. Il y avait là tout ce que l’Enfer aurait pu recracher. Un peu comme une grosse boule de poils emmêlés de salive, coincée dans le gosier d’un chat un peu trop sadique.
“Belle image, il faudra que je la ressorte un jour à Jack.”, pensa-t-il en bifurquant dans un couloir.
Et finalement il se retrouva devant la seule porte qu’il n’aurait jamais voulu avoir à franchir. Où même à en tourner la poignée. Voir peut être même simplement à y effleurer la main.
Lionel regretta vivement la Grimswolde, au moment où il frappa, et encore plus quand il entra.
L’intérieur du bureau de Lydia était constamment plongé dans une pénombre envahissante. Cette sorte d’obscurité dans la lumière, qui à presque une épaisseur et un nom, à force d’être présente. Un peu comme un colocataire que l’on garde chez soi, juste en tirant les rideaux et en laissant traîner de l’encens sur des bouquins traitant d’ésotérisme.
Des rayonnages de livres encombraient les murs, comme il était de coutume au Bureau, sauf que là, non content de remplir l’espace, ils le transcendaient aussi sur le sol, le divan, les rebords de fenêtres. Il y en avait partout, et à chaque pas on risquait de marcher sur De l’Alchimie pour les personnes âgés, Comment invoquer un mâcheur de suaire, ou encore Guide pratique à l’attention de ceux qui mettent un pied dans la tombe*.
* Particulièrement utile, il avait la plupart de ses pages cornées, et de nombreuses annotations du style “Ne marche pas.”, “Attention danger”,”2/20 et je suis encore trop bon”, ou le classique “Celui qui croit que ça marche contre les loups-garous est un futur steak”.
Imitant les enfants qui jouent à éviter les dalles noires du carrelage de la cuisine, Lionel zigzagua jusqu’à un petit bureau au fond de la pièce, lui aussi surchargé de livres, et de craies de diverses couleurs, et de bougies à moitié fondues, et de fioles aux étiquettes équivoques, et d’un gros furet couleur champagne. Lequel se prélassait présentement sur un exemplaire de Les hommes bizarres et les femmes qui les évitent.
Lequel était ouvert à une page où l’on voyait une gravure assez ressemblante et hideuse d’un gros chauve qui souriait de toutes ses dents, une expression de folie joviale sur le visage.
Lionel avança la main sur la touffe de poils crème, qui broncha à peine.
- Bonjour, Uriel, murmura Lionel en lui flattant les oreilles. Ca faisait longtemps.
Uriel se redressa un peu et tordit le cou.
- Tu va bien ma belle?
Un froissement, comme une page que l’on tourne, interrompit ses retrouvailles. Uriel se crispa, puis s’échappa comme une anguille sous la main de Lionel avant de s’engouffrer dans un rayonnage, où elle disparu.
Lui fit volte-face.
A quelques centimètres du bout de ses poils de barbe, il y avait quelqu’un, d’apparence vaguement humaine, une volée de longs poils châtaigne qui tombait en rideaux sur sa gueule.
Lionel eu un mouvement de recul si vif qu’il en percuta le bureau et le souleva un peu. Ce dernier retomba dans un fracas assourdissant, aidé en cela par la quantité de choses qui lui emboîtèrent le pas et s’écrasèrent sans cérémonie par terre.
- Tiens, Lydia, quel plaisir de te revoir, mentit Lionel, qui ne se serait senti plus de joie que de se retrouver devant une banshee, la gueule bien ouverte et occupée à lui boulotter les oreilles.
Mais non, il n’y avait que cette frêle jeune femme, l’air sombre, aux yeux bleus et aux cheveux noisette, qui le fixait sans mot dire.
Mais peut être pas sans maudire.
Il sentit immédiatement l’atmosphère se charger d’électricité fortement négative, un peu comme si un ouragan se formait dans les étagères du troisième étage, celle consacrée aux “Revenants, esprits frappeurs, ongles et autres trucs incarnés ou réincarnés”. Il se disait qu’il valait mieux éviter les lieux communs du style “Comment ça va? Quoi de neuf depuis… euh… que j’ai disparu en te laissant toute seule…?”.
Non, ce n’était définitivement pas une bonne idée.
Mais elle se contentait de le regarder, ou plutôt de fixer un point qui se trouvait dix centimètres derrière sa tête, ce qui rendit Lionel encore plus mal à l’aise que si elle l’avait noyé sous les insultes.
Au bout d’un temps qui lui sembla interminable, il finit par réussir à déglutir, et à se lancer.
- Ecoute, je suis vraiment désolé de…-
Il fut coupé par un toc-toc salvateur.
Jack et Sidney passèrent leur tête dans l’ouverture de la porte et lancèrent à Lionel et Lydia :
- On peut entrer? On a une affaire sur le feu, là.
***
La discussion – ou plutôt, dans le cas présent, le monologue à plusieurs voix – fut âpre, pour convaincre Lydia de repartir sur le terrain.
En effet, même si elle ne prononçait pas un seul mot, ni ne faisait aucune grimace, le simple fait de la savoir perchée sur une étagère, assise en tailleur les bras croisés en disait bien plus long.
Jack émit même l’hypothèse de prendre Uriel en otage pour la faire redescendre. Mais devant l’aura de fureur qu’elle dégagea soudain, il redéposa bien vite le furet par terre, et eut un sourire gêné*.
*Ce qui, quand on ne dispose pas de mâchoire inférieure, est extrêmement rare et quasiment impossible à réaliser.
Finalement, au prix d’une lutte acharnée, elle finit par descendre de son perchoir sans un bruit, enfila un grand manteau de zibeline noire, et tapota le collier de son furet, avant de le repousser d’une main pour prendre le grimoire qui lui servait de couche.
Ce n’est que lorsqu’ils sortirent que Lionel s’aperçut qu’il faisait déjà nuit.
La négociation silencieuse avait donc duré toute la journée?
Sidney était retourné à ses affaires, confiant le dossier à Lydia qui l’avait pris sous son bras sans sourciller.
Jack lui, les accompagnait dans le froid et l’obscurité de la nuit londonienne.
Finalement, n’y tenant plus, le démon à tête-de-mort finit par lâcher, d’une voix désincarnée mais passablement énervée :
-Tout ça c’est bien joli, mais où est-ce qu’on va là?
Pour toute réponse, la jeune fille lui tendit le dossier. Il le prit, le consulta gravement quelques secondes, et finalement le referma.
- Bon, direction l’East End dans ce cas.
- Franchement, ça n’aurait pas été plus simple de nous briefer avant de nous y envoyer, demanda Lionel en se soufflant dans les mains pour les réchauffer.
- On n’avait pas le temps, répliqua la tête-de-mort. Et puis estime-toi chanceux d’avoir eu le dossier.
- Encore heureux ! Comment veux-tu travailler sans ça? On ne sait même pas où on va sinon.
- Peut être, mais Sillage n’aime pas que l’on sorte avec ses archives. Ila fallu ruser.
- Oui, bon, ça va, ça va, grommela Lionel pour signifier la fin de la conversation.
Ils marchèrent un bon moment sans échanger un mot – pour Lydia, c’était le plus facile. Lionel regardait ses pieds, les mains enfoncés au plus profond de ses poches, le nez gouttant dans son keffieh ramené jusqu’aux yeux pour se protéger du froid.
Jack avançait en grommelant. Le grand manteau et l’écharpe de laine lui auraient été parfaitement inutiles, s’ils n’étaient que pour cacher son apparence aux éventuels badauds qu’ils croiseraient en chemin. Après tout, les Enfers étaient largement plus froids que ça.
* Il est faux de croire qu’il fait chaud aux Enfers. Il y règne un climat de congélateur réglé sur “Zéro Absolu”. Car, de l’avis général, il est préférable de se trouver à Acapulco par 50°C qu’au plus près des claims d’Antarctique, où même les pingouins chopent la goutte au nez.
Finalement, brisant le silence rythmé par les bruits de pas, Lionel retira le keffieh de devant sa bouche et demanda :
- Et au fait, vous pourrez m’expliquer, quand vous aurez le temps, ce que l’on va faire dans l’East End?
- D’après nos informations, commença Jack, il semble qu’il y ait de nombreuses morts par noyade sur les quais au sud de Whitechapel.
Lydia frissonna. Jack lui passa une main rassurante sur le bras.
- Non, non, ne t’en fais pas, ma grande, on ne va PAS à Whitechapel. Ce sont les quais qui nous intéressent.
Il attendit quelques secondes, sondant la jeune femme qui finit par se radoucir, et reprit :
- Bref, apparemment on à demandé en haut lieu l’intervention des services spéciaux pour cette affaire.
- Des morts par noyade?! Tu te fiches de moi! Pour quelques poivrots sûrement gorgés de picrate qui se cassent la gueule dans la Tamise, on demande trois agents du Bureau?
Lionel renfonça son nez dans son keffieh.
- C’est pourtant connu que les habitants du cru sont souvent cuits, sans mauvais jeu de mots.
- Oh, mais ce ne serait que trois ou quatre clochards plus noyés par le vin que par la flotte, passe encore… Seulement là, on en est déjà à quarante-deux en moins de deux mois.
***
Les quais de l’East End étaient à la mesure de leur réputation. Encombrés de sans abri qui se tassaient dans des abris de fortune en ramenant leurs membres gelés contre eux et nimbés de cette odeur caractéristique de sucs de cuir bouilli venus de la tannerie Lea&Perrins un peu plus haut sur la rive (à noter que leurs homonymes, créateurs de la sauce Worcestershire, avaient également ce goût certain pour tout ce qui produisait des parfums de grasse carcasse, qui donnaient à penser que l’on se trouvait directement dans l’estomac d’un porcin mort depuis une semaine).
Cheminant à travers les clochards léthargiques, le trio avançait prudemment, en prenant soin de noter chaque détail qui aurait pu expliquer la disparition et la mort par noyade d’autant de personnes en si peu de temps, et dans un district aussi réduit.
D’accord, la surpopulation se faisait vaguement sentir, et il y avait fort à parier que certains ne rêvaient que de se foutre à l’eau avec une pierre au cou pour en finir avec cette existence misérable. Mais cela ne justifiait pas quarante-deux décès.
La police du district avait fini par poster deux bobby en faction de part et d’autres des quais, afin d’enrayer ce phénomène. Peine perdu, il y en eu cinq de plus dans les deux nuits qui suivirent leur prise de poste.
Mais ce qui précipita l’appel du Bureau for Paranormal Affairs, ce fut lorsqu’un des deux agents en faction fut retrouvé au matin, flottant sur l’eau comme un grotesque pantin boursouflé, avec sa propre matraque enfoncée au fond de la gorge.
Là, le doute n’était plus permis. Il ne s’agissait pas de suicides. Et comme certains habitants commençaient à déblatérer sur une créature qui emmenait ces malheureux au fond du fleuve. Ils l’appelaient le Monstre.
- D’accord, je comprends mieux pourquoi on à fait appel à nous, toussa Lionel.
Sa réflexion fut brutalement interrompue par une forte odeur poivrée, et une voix qui ressemblait à celle d’un canard asthmatique.
- Si vous aviez quelques ronds, j’dirais pas non patron.
Un clochard courtaud, un sourire édenté jusqu’aux oreilles sous une broussaille clairsemée les fixait de ses petits yeux pétillants, la main tendue.
Son chapeau-claque à moitié ouvert comme une boîte de conserve lui donnait des airs de magicien raté.
Inexpressive, Lydia commença à farfouiller dans les replis de sa cape, lorsque Jack l’arrêta d’un geste :
- Attends une seconde. Dites voir mon brave, contre une pièce ou deux, vous auriez à nous dire quoi sur le Monstre?
Le clochard, déjà assez blanc de visage hormis son gros nez aviné, réussit pourtant à blêmir.
- Oh pardon, monsieur l’agent, j’voulais pas, j’voulais pas, mais comprenez que je crève de faim et…
- Du calme, nous ne sommes pas de la police.
Il eu un regard soupçonneux. C’est vrai qu’il n’avait jamais vu de bobby avec cet accoutrement.
Il n’aimait pas particulièrement la police. “Toute cette flicaille, c’est bon qu’à vous foutre leur matraque dans la goule”, se plaisait-il à dire parfois.
Lionel, n’y tenant plus et comme pour le rassurer définitivement, lui dit sur le ton de la confidence :
- Honnêtement, mon vieux, est-ce que j’ai l’air d’un officier de police? Vous avez vu mon accoutrement, vous avez vu ma coiffure? Je ne passe même pas la porte, dans un commissariat. Ou alors avec les bracelets !
Son regard soupçonneux s’affaissa en un pli vaguement soucieux. C’est vrai qu’il n’avait pas la dégaine du bobby habituel. Et puis cette tresse, ces bagues, ces breloques aux poignets. Ca ne ressemblait vraiment pas à grand-chose ! Pas du coin, en tout cas.
Finalement, il haussa les épaules.
- Si vous l’dites, grommela-t-il.
Et puis il pensa qu’il y avait meilleur parti à gagner.
- Mais… puisque z’êtes pas de la maison, patron, comme vous disez, croassa-t-il en tendant de nouveau la main. Peut être que quelques shillings pourraient m’aider à me souvenir.
A contrecœur, Lionel fouilla ses poches et en tira deux piécettes graisseuses qu’il laissa tomber dans la main du clochard.
- Mmh, trois shillings. Ca ira, j’crois bien. Vous voulez savoir quoi?
- D’abord, ce qu’il s’est passé exactement avec ces quarante-deux victimes.
- V’la bien la preuve que vous êtes pas policier, m’sieur, siffla le clochard avant de tousser bruyamment. Parce que je leur ai déjà tout dit à ce sujet. Z’ont été noyés. Par je sais pas quoi.
- Et où exactement ?
- Oh ça, c’était toujours au même endroit. Un peu plus loin sur le quai. Juste au niveau ou habite le Tobby.
- Tobby ?
- Ouaip, Tobby il en sait plus que les autres. Mais il est pas très causant.
Il renifla une goutte de morve et s’essuya sur sa manche. Laquelle semblait déjà avoir connu ce genre d’outrages un certain nombre de fois.
- C’est un ami à moi ! Il est là depuis à peine deux mois. Je lui ai trouvé un petit coin là-bas, à deux pas d’ici. C’était bien la moindre des choses, il m’a réparé mes chaussures quand même !
Il arborait une paire de souliers immaculés, qui juraient avec le reste de l’individu. On aurait dit un danseur de claquettes qui aurait été jeté dans une fosse à purin, et juste retenu par les chevilles.
Lydia, qui était demeuré parfaitement silencieuse depuis le début, à tel point qu’on aurait pu la confondre avec un animal empaillé, eu soudain un glapissement au regard de ces chaussures, et tira le livre qu’elle gardait dans son sac. Un gros volume assez simple, vaguement recouvert d’une reliure craquelée.
Elle le feuilleta nerveusement, puis finalement s’arrêta sur une page, en lut deux ou trois lignes, et le brandit en hochant la tête.
Jack et Lionel se penchèrent sur une gravure assez hideuse d’une petite créature rachitique, au râtelier étincelant de crocs, deux grands yeux vides et quelques cheveux rares sur un crâne difforme. On aurait dit un enfant mort-né, qui aurait défié toutes les lois de la physique et aurait décidé de grandir. Une sorte de Peter Pan à l’envers.
La légende sous le dessin était des plus éloquentes.
“Noyeur (ou noyadé).
Troll de taille humaine, voir parfois plus petit, à la morphologie assez fine, voir famélique, à la tête hydrocéphale et aux mains pourvues de quatre longs doigts légèrement palmés caractéristiques.
Monstre du folklore d’Europe Centrale. On en trouve également quelques membres dans les Balkan, plus au Sud.
Vivant sous les ponts, il est connu pour attirer ses victimes avant de les noyer, soit pour se nourrir, où plus généralement pour défendre son territoire.
Le plus connu de ses congénères est le Noyeur de Prague, qui malgré ses penchants psychopathes, répare des souliers aux badauds qui ne lui attirent aucune méfiance.
***
- D’ordinaire, je n’fais pas trop confiance aux bobbys du coin. Des corrompus, toujours à vous tancer le cuir du dos avec la matraque au lieu de discuter.
Le vieux clochard exhalait des relents de fromage passé fruit depuis des années, si bien que malgré le noirceur de la nuit, il aurait été quasiment impossible de le perdre.
- Mais il y a que’ques jours, on m’en a envoyé un… Ben tiens, justement pour cette histoire des gens qui savent pas foutre un pied devant l’autre sans tomber à la flotte ! Des meurtres, j’lui dit ? Non, m’sieur l’agent, c’est surement juste des gens qui prennent pas gare au quai. C’est que ça glisse drôlement ces coins-là, et la flotte est drôlement froide par ces saisons-là.
Il retira son chapeau-claque et donna un coup dessus pour en retirer la poussière. Puis il le remisa d’un geste aussi peu précis que guidé par l’alcool.
- Mais comme il me paraissait sympathique pour une fois – rendez-vous compte, m’sieur-dames, il portait même pas de matraque! -, je l’ai emmené voir Tobby.
Ils arrivèrent devant un amas de cagettes savamment disposées, et d’un imbroglio de détritus. En plissant les yeux, on pouvait vaguement croire que ce tas informe était une cabane en ruine, nimbée d’une odeur poisseuse et âcre.
- Après ça, je l’ai pas revu. Dommage. L’a du repartir, j’pense. Un gars bien, un grand blond, té! Comme vous, patron !
Jack fit signe à Lionel d’approcher.
- Un grand blond, ça doit être le bobby qu’on à repêché avant-hier.
Son sang ne fit qu’un tour. Il sortit vivement son arme de sous son manteau – un gros colt ferrailleux qui devait envoyer plus de mitraille que de vraies balles – et le brandit vers l’entrée de la cabane, en écartant le clochard d’un geste théâtral.
Celui-ci tressauta et le barra du coude.
- Non mais oh, ça va pas bien, oui ! Vous allez pas tirer sur mon copain, il à rien fait ! Té, il f’rait pas de mal à une mouche… Tobby, c’est moi ! Sors, j’voudrais t’présenter des amis à moi !
La scène s’était figée. Plus rien ne bougeait, à l’exception de ce brouillard londonien qui semblait se moquer de la tension ambiante et se nappait inexorablement sur le pavé mouillé.
Finalement, une forme émergea de derrière les cagettes, fixa le groupe de deux grands yeux jaunes comme des miroirs, et s’arrêta sur le canon de l’arme que le clochard essayait de dissimuler en se plaçant devant Lionel.
Puis tout est allé très vite. Un feulement, le clochard qui tentait de le rassurer d’un “Non, t’inquiète pas, Tobby, c’est pas toi, c’est qu’ils sont nerv-”, et la forme bondit en hurlant, s’agrippa et entraîna le sans-abri dans le fleuve glacé.
- Sang noir !
Lionel plongea dans l’eau à sa suite, laissant Jack et Lydia tétanisés sur le quai.
Le noyeur entraînait le clochard au fond de l’eau, aussi vite qu’une ancre accrochée aux pieds.
Il faisait froid. Un froid mordant jusqu’aux os. Et on n’y voyait rien. Lionel plongeait à l’aveuglette en battant des bras, et finit par rencontrer une main tendue. Son propriétaire semblait se débattre comme un diable.
Il essaya de le tirer, de le remonter, mais le noyeur tenait sa proie.
Lionel se prit un coup. De pied surement. En plein estomac. Vaguement sonné et n’ayant plus d’air, il se laissa remonter à la surface pour y cracher tout ce qu’il pouvait.
Ses oreilles bourdonnaient comme un millier d’essaims lui butinant le cerveau. Dans le tumulte et la douleur de l’eau glacée, il entendit un bruit sourd :
“Reviens, il va remonter !”
Il n’eut que le temps de tourner la tête vers le quai qu’il sentit un bras sec se fermer sur son cou et l’entraîner sous l’eau.
Des coups, des cris stridents du noyeur, l’eau qui rentrait de force dans ses sinus, et cette rage qui montait. Mais Lionel était loin d’être assez fort pour lutter contre la créature.
Entre deux tasses, il cria à l’adresse de Jack :
- Eh quand tu veux tu viens -Glub- m’aider ! Lâche-moi, saleté !
Un plouf. Jack avait sauté à son tour, et s’était lancé dans la mêlée. En vain pourtant. Le noyeur, malgré sa petite taille et ses bras maigres, était d’une force redoutable, et ne comptait pas lâcher sa nouvelle proie.
Tout ce petit monde luttait pour sa survie dans une Tamise calme et glacée comme un tombeau, sous le regard pétrifié de Lydia, qui serrait son grimoire à s’en arracher les ongles contre sa poitrine.
Entre les bruits de lutte, les splash et les cris étranglés, elle demeurait complètement immobile, fascinée et horrifiée, comme un lointain souvenir qui remontait brusquement à la surface, et la paralysait de la tête aux pieds.
Alors que le noyeur commençait à se délecter de son futur repas – plus que copieux, il l’espérait -, un éclair de fureur brilla dans les yeux de la jeune femme.
La terreur sourde se mua en haine, en une rage incroyable. Elle rejeta le grimoire par terre et, joignant les deux mains en vase devant elle, commença à marmonner une incantation.
Des filets de courants, des serpents de flammes se muèrent sur sa peau, depuis ses épaules jusqu’à couler dans le creux de ses mains, et former un nid, une boule d’énergie semblable au soleil.
Toute cette puissance monta encore en intensité, et elle la déchargea sur le noyeur dans un cri de désespoir :
- Meurs !
La boule de flammes fusa dans l’air frais comme un pétard de fête nationale, une queue en geyser à sa suite, se tortilla, tourna sur elle-même, et fondit sur la tête de la créature, qui n’eu que le temps d’ouvrir de grands yeux ronds, brillants de la lumière de sa mort imminente.
- Iiik ?
***
- STRIKE, fit une voix sortant d’un grand capuchon noir comme la nuit, présentement occupé à tenir une canne à pêche d’une main osseuse.
La Mort rejeta la canne dans l’eau, qui s’évapora dans le brouillard, et se leva gauchement en époussetant son suaire.
Il* fit apparaître un petit carnet des tréfonds de sa robe, et le consulta.
- BIEN, ALORS IL NE RESTE PLUS QUE AUGUSTINE PAGNOL A ALLER CHERCHER, ET MA TOURNEE EST FINIE POUR CE SOIR.
Il prit le soin de ramasser son casier à poissons-fantôme, le remisa quelque part dans ses plis brumeux, et tourna la tête vers une petite créature translucide, qui depuis la rive regardait son cadavre sans tête flotter. Le tout au milieu d’un duo ahuri et aspergé de cervelle.
Le fantôme du noyeur se tourna vers la Mort.
- Iiiiik?, demanda-t-il avec espoir.
- NE T’INQUIETE PLUS DE CA, lui répondit la Mort. VIENS MAINTENANT, IL VA FALLOIR TE TROUVER UNE PLACE.
Et en le prenant par la main, ils disparurent au bout du quai, invisibles au trio qui était resté comme deux ronds de flan devant la bête.
*Oui, car comme là justement dit un britannique un rien allumé, “la Mort est un mâle, un mâle nécessaire.”
***
- Non, non, et NON !
Grim étirait ses longs bras et gesticulait dans tous les sens. Ses narines se dilataient à chacune de ses respirations de bœuf.
- Regardez-moi ce travail que vous me faîtes! J’ai briqué le carrelage tout à l’heure !
Le cadavre du noyeur laissait goutter, au-travers du sac de jute ou Lionel l’avait remisé, un liquide épais et vaguement poisseux, tout en traînée sur le sol du hall.
Lionel aussi en était imprégné, et il son visage d’ordinaire impassible avait viré à un cramoisi souligné de traits de colère.
- AH, TU VA PAS COMMENCER TOI ! RIEN A FOUTRE DE TON PUTAIN DE CARRELAGE ! JE ME TRIMBALLE CETTE SALETE DEPUIS L’EAST END, ET TU VOUDRAIS QUE JE METTE LES PATINS?!
Grim se rempluma dans son col, ne laissant quasiment plus que son grand nez en bec dépasser de sa liquette, et dit d’une voix faible :
- Non, mais… vous comprenez… c’est que j’y ai passé des heures… et c’est du travail quoi.
- Ouais ben, en attendant, tu m’enregistres ça et tu le balance à Kovacs, assena Lionel en laissant tomber le sac plein de “sang” sur le sol dans un bruit répugnant.
Puis il s’engouffra dans le couloir en marmonnant un vague “Je vais me laver… je pue.”, suivi par Lydia.
Grim se prit la tête dans les mains.
- Et comment je vais remplir mon rapport d’interpellation moi?
Jack vint à sa rescousse.
- T’en fais pas, je vais te filer un coup de main.
Puis en donnant un petit coup de pied au sac et conclut :
- Par contre, si tu veux une photographie du suspect, là …
- Et bien quoi?
- Ca ne va pas être simple de lui tirer le portrait.
***
Lionel raccompagna Lydia jusqu’à la porte de son bureau. Avec le temps, c’était devenu son logis.
On entendait Uriel qui grattait derrière la porte. Elle avait sentit sa maîtresse.
Lydia, quant à elle, rayonnait. Pas d’une joie de jeune collégienne qui aurait reçu un autographe de son idole, mais d’une paix tranquille.
Elle semblait apaisée.
A dire vrai, elle avait l’air beaucoup plus connectée à la réalité depuis qu’elle avait fait exploser la tête de Tobby le noyeur.
Il y eu un silence entre eux – disons, encore plus présent qu’avant -, et Lydia attendait, dos à sa porte.
- Tu vois, commença Lionel après avoir retiré du plat de la main un morceau du noyeur de son oreille, tu as toujours ta place au Bureau. Tu l’auras toujours. Et tu n’y seras jamais toute seule. La raison pour laquelle il t’a envoyé sur cette affaire, je pense, c’est pour t’en faire prendre conscience. Tu as beaucoup d’importance, Lydia.
Il n’attendait aucune réponse, ni aucune réaction.
- Et… je voulais te remercier. Pour tout à l’heure. Si tu n’avais pas lancé cette boule de feu, je serais mort au fond de la Tamise à l’heure qu’il est.
Elle eu un vague sourire.
- Alors, merci. Sincèrement. Et si malgré tout, malgré le fait que tu ai prouvé que tu étais toujours une exorciste formidable, si malgré cela tu préférais rester au Bureau en tant que conservatrice, je serais derrière toi pour appuyer ta demande auprès du patron.
Lydia fit non de la tête, et sourit encore un peu plus. Ses traits se tirèrent, comme du cuir neuf. Elle n’avait plus changé d’expression depuis longtemps.
- Bon. La nuit à été éprouvante, tu devrais aller te reposer. Moi, je vais essayer de me défaire de cette odeur de sardine, et -
Elle s’approcha et lui fit une bise sur la joue, se retira dans l’entrebâillement de la porte en repoussant Uriel du bout du pied, et lui sourit une dernière fois.
Elle eu un mouvement de mâchoire imprécis, comme si elle mastiquait quelque chose, et murmura quelque chose, avant de refermer la porte.
Quelque chose qui ressemblait à “Merci”.
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- Publié:
- septembre 5, 2011 / 11:20
- Catégorie:
- Hydre Noir
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